Quand les astres conjuguent Coupe du Monde et test de vidéoprojecteur, ça sonne déjà comme très bon. Mais quand, en plus, on a la Rolls dans le domaine sous la main, ça ne peut être que bon. Enfin, presque…
Oui, la Coupe du Monde était médiocre, mais on s’en fiche un peu. Car l’expérience proposée par ce N3 Ultimate vaut son pesant de cacahuètes.
Préambule : il y a un avant et un après Ultimate
Dans le petit monde fermé du vidéoprojecteur, ça tournait en boucle à coups de lumens et de corrections logicielles. De quoi tout compenser : mauvais positionnement, décalage, etc. Le hic, c’est que ces corrections mangeaient la qualité et la luminosité.
Puis JMGO est arrivé avec un retour au mouvement mécanique. Un cardan algorithmique plus précisément (une sorte de gimball intégré), qui, par mouvement mécanique interne, va corriger physiquement le problème. C’était le N1 Ultra. Il fut lancé sur Kickstarter et ce fut un carton.
Depuis, Shenzhen Huole Technology plus connue sous le nom Holatek connaît un succès fulgurant. Des levées de fonds massives et des acteurs puissants affluent dans le capital, dont OPPO, JD.com ou encore Tencent (rien que ça).
Ce système de cardan a été copié depuis, par Hisense, Anker Nebula et XGIMI. Et si vous ne connaissez pas cette marque, c’est normal. D’abord vendue en boutiques spécialisée, elle est désormais distribuée par Fnac et Darty.
Le N3 Ultimate : 2499 euros, en vrai, ce n’est pas cher !
À 2,5 k€, vous trouvez des TV OLED de 65 pouces avec des technologies de pointe. Mais côté vidéoprojecteur, c’est déjà plus compliqué. Le N3 Ultimate était attendu pour 3600 euros, a été annoncé à 2999 euros pour finalement se trouver sur le marché à 2499 euros. Le prix compte, c’est sûr, mais à ce tarif, vous bénéficiez du True Lossless Quality pour une diagonale capable de tenir 7,62 mètres !
L’idée est d’avoir une image pouvant atteindre 4,5 mètres de diagonale testée (et 7,62 m annoncés), sans perte de qualité (vous vous ferez votre idée plus loin dans l’essai). Le système « 3 en 1 » combine un lens shift quatre directions (±130 % vertical, ±53 % horizontal), un zoom optique 0,88-1,7:1 et un cardan motorisé (360° horizontal, 150° vertical).
Dites-vous que chaque mouvement physique interne se traduit par une vraie variation sur l’image.
Installation et réglages : simple mais fastidieux
Premier constat : il n’y a pas de télécommande fournie dans mon exemplaire de test (la version vendue en a une). J’ai téléchargé l’application JMGO et je l’ai connecté. Pas de clavier virtuel sur l’écran du tel, il faut utiliser un curseur virtuel sur son smartphone pour le diriger sur le mur.
Si l’affichage n’est pas correctement placé, c’est compliqué. Par chance, tout s’enchaîne sans souci et les comptes s’enregistrent sans erreur.
Passé ce point, il faut régler l’image. Lors de la finale de la Coupe du Monde, avec une projection extérieure sur une toile de 180 pouces, qui plus est avec le pré-match lorsqu’il faisait encore jour, ça a pris un peu de temps et nécessité d’être… focus (pardon).
Le N3 Ultimate est vendu sur la promesse de s’adapter, qu’importe où vous le posez. Dans les faits, il tient à peu près parole, mais pas en un clic comme le veut le communiqué. Le principe est bon. Là où la concurrence corrige le trapèze en numérique, c'est-à-dire en jetant des pixels et de la lumière à la poubelle, JMGO corrige mécaniquement.
Vous pouvez le poser sur une table basse décalée du canapé et récupérer une image droite sans passer par la case dégradation. Dans le cas du jardin, une caisse de fortune a fait office d’un support le temps de la soirée.
Le hic, c'est la suite. Autofocus, ajustement à l'écran, évitement d'obstacles, adaptation à la couleur du mur, mémoire spatiale : chaque automatisme fonctionne, mais il faut les enchaîner, vérifier, recommencer quand vous bougez l'appareil de vingt centimètres. Et la correction numérique reste sollicitée en complément de l'optique, ce que JMGO se garde bien de mettre en avant derrière son slogan « True Lossless Quality ».
En définitive, je corrigeais uniquement le trapèze de manière automatique, puis j’alalis dans les réglages manuels et j’augmentais la taille et déplaçais l’image. D’ailleurs, le « déplacement sans modification » est une merveille, puisque le N3 Ultimate recalcule l’affichage et l’adapte mécaniquement à chaque mouvement. C’est fluide et rapide. Franchement, GG !
Enfin, j’ai réglé l’image. Contraste, luminosité, rendu des couleurs, etc. Il y a des modes prédéfinis, une luminosité adaptative (trop sombre) et un traitement par IA en temps réel. Ok, ça a l’air compliqué et « chiant » dit comme ça, mais c’est intuitif et plutôt ludique.
D’ailleurs, c’est un système Android. Donc l’interface est facile à appréhender. Seul bémol, les réglages ne se font pas sur l’image regardée directement. Outre le fait de devoir faire plusieurs passes, dans le cas d’un M6 direct, vous vous farcissez 90 secondes de pub à chaque tentative. Puis c'est lent !
À noter : les modes d'image ne se valent pas du tout. Movie et Office sont les seuls sérieux. Dynamic, le plus lumineux, part en dominante vert/cyan et fait hurler le ventilateur. Vous ne l'utiliserez jamais. Et mieux : je vous conseille de créer les vôtres.
Qualité sur mur blanc à peinture mate
Bonne nouvelle d'abord : une peinture blanche mate correcte se situe autour d'un gain 1.0, soit exactement le gain de la toile de référence utilisée par les laboratoires. Vous ne perdez donc pas de lumière. Avec environ 3 000 lumens-écran utiles en mode précis (et non les 5 800 lumens ISO de la fiche), l'image reste parfaitement regardable de jour, volets entrouverts.
Ce que vous perdez est ailleurs, et c'est plus insidieux.
La texture, d'abord. Crépi, toile de verre, traces de rouleau : chaque aspérité diffuse la lumière de travers et adoucit le micro-détail. Sur un appareil dont l'optique est justement le point fort, c'est du gâchis. Le speckle laser, ce grain scintillant propre aux sources RVB, s'aggrave aussi dès qu'on s'écarte d'une surface mate bien lisse.
La teinte, ensuite. Les blancs de peinture sont rarement neutres. Le N3 compense avec son adaptation à la couleur du mur, mais il compense en numérique, donc en rognant sur la justesse d'un appareil annoncé à un Delta E de 0,7.
Le contraste, surtout. Avec 1 575:1 de contraste natif et aucun iris mécanique, le N3 n'a pas un centimètre de marge sur les noirs. Un mur renvoie la lumière dans toute la pièce, elle rebondit sur les murs latéraux et le plafond, puis retombe sur l'image et remonte le niveau de noir. Le cercle vicieux exact que cet appareil ne sait pas gérer.
Enfin, la tentation de la taille. Sans cadre pour vous arrêter, on projette grand. Or la luminosité chute vite : mais en pleine nuit tombée, sur 180 pouces, la luminosité mais également le rendu (et pourtant la qualité de diffusion de Bein Sport et M6 était lamentable), ça passait très bien. Un film 4K est alors un vrai régal.
Qualité sur toile
C'est là que l'appareil se réveille, et l'écart n'est pas subtil.
Trois raisons mécaniques à ce saut. La surface est parfaitement lisse, donc le micro-détail revient et le speckle (effet de fourmillement) devient anecdotique. La toile est bordée de noir (ici la nuit), ce qui recadre l'œil et améliore le contraste perçu, un gain "psychovisuel" réel quand le contraste natif est faible. Et la colorimétrie n'a alors plus besoin d'être compensée.
Reste un arbitrage que personne n'explique jamais. Pour un salon, une toile grise à faible gain ou une toile ALR (qui rejette la lumière ambiante) récupère beaucoup de contraste perçu, plus que ne le ferait un iris mécanique. Mais ces toiles-là accentuent le speckle laser. Vous choisissez entre des noirs plus denses et une image plus propre. Sur un projecteur RVB, ce n'est pas un détail.
Le conseil pratique : sur une toile blanche mate de gain 1.0 en pièce sombre, le N3 donne son meilleur rendu cinéma. Sur une ALR en salon éclairé, il devient le remplaçant de téléviseur qu'il prétend être. Dans les deux cas, comptez 300 à 800 € de plus. Un appareil à 3 000 € projeté sur du Ripolin, c'est comme monter des pneus premier prix sur une supercar (en moins dangereux, j’avoue).
Pour voir des films
Mon niveau n’est pas assez élevé pour estimer si le N3 Ultimate peut se targuer d’être la machine à film dont on rêve.
Son atout, c'est le Dolby Vision, rare à ce niveau de gamme et bien implémenté, avec deux modes distincts (Bright et Dark). C'est le meilleur chemin HDR de l'appareil, parce que le tone mapping dynamique compense précisément ce qui lui manque : de la profondeur dans les basses lumières. Utilisez Bright quand il y a de la lumière ambiante, Dark en pièce noire.
Le HDR10 est plus laborieux. La couverture colorimétrique est bonne d’après les specs (je n’ai pas eu de quoi les mesurer) et les couleurs sont là. Mais la gestion des transitions lumineuses n’est pas géniale. Mais, de vous à moi, personne n’en a fait la remarque lorsque j’ai demandé si quelque chose les gênait. Et ce, à l’intérieur.
Par contre, niveau contraste, ce n’est pas fou du tout. Ça manque de profondeur. Le contraste est à la peine.
Toutefois faites attention : l’effet arc-en-ciel du DLP est présent et ça gêne les personnes qui y sont sensibles Et ce n’est pas de la vrai 4K mais une 4K obtenue par Pixel Shift. Perso, cela ne m’a pas choqué du tout.
Encore une fois, tout dépend aussi d’où vous venez. Si votre comparaison est une petite TV pourrie placée à l’arrache dans le salon ou si vous êtes habitué des home ciné à la casa. Dans ce second cas, pour du film, vous serez déçu.
Pour jouer à des jeux vidéo
C'est probablement le domaine où le N3 Ultimate justifie le mieux son prix, et celui où ses défauts se voient le moins.
La latence est réelle. Le 240 Hz est authentique là où beaucoup de constructeurs annoncent des fréquences qui n'existent que sur la boîte.
Il y a toutefois un arbitrage à comprendre. Le mode de latence extrême coupe les traitements et la correction colorimétrique : c'est le mode du compétitif, pas celui de la belle image. Le mode de latence standard conserve la calibration en désactivant le reste, et c'est celui à choisir pour un jeu narratif. Le N3 vous laisse le choix, encore faut-il savoir qu'il existe.
Il y a tout de même un bémol. L'entrée accepte du 120 Hz, mais la sortie plafonne à 60 Hz en 4K. Sur PS5 ou Xbox Series X, les modes 120 images par seconde en 4K passent à la trappe. Vous arbitrez entre 4K/60 et 1080p/240, sans intermédiaire.
Le reste joue en sa faveur. On joue rarement volets fermés, et le jeu vidéo affiche une luminosité moyenne élevée, donc le contraste natif limité se voit beaucoup moins qu'en film. La luminosité, elle, fait tout le travail. Sur un jeu de conduite en 120 pouces, le 240 Hz apporte autant en netteté de mouvement, notamment sur les panoramiques, qu'en réactivité pure. C'est le genre d'expérience qu'aucun téléviseur ne procure.
Par contre, c’est dans ce cas que l’effet arc-en-ciel se manifeste le plus.
Fonctionnalité et usages en stand-alone
Sur le papier, le N3 Ultimate se veut autonome : Google TV 5.0 embarqué, Netflix natif, Chromecast et Google Assistant intégrés, 4 Go de RAM et 64 Go de stockage, Wi-Fi 6, Bluetooth 5.2. Vous le sortez de sa valise en mousse rigide, vous le branchez, vous le connectez au Wifi et vous regardez.
AirPlay est géré nativement. Un iPhone ou un Mac diffuse ou duplique son écran sans matériel supplémentaire, ce qui reste rare sur du Google TV. L'application Apple TV est également disponible dans le store.
La mauvaise nouvelle : le SoC. JMGO reconduit le MediaTek MT9679 et la fluidité de Google TV était précisément le point faible de ce dernier. C’est lent de manière générale. Un peu le souci d’une liseuse Kobo face à une Kindle.
Côté audio, les deux haut-parleurs de 12,5 W certifiés Dolby Audio et DTS:X sonnent mieux que prévu, avec un grave volontairement poussé qui donne du corps aux films et au sport.
Le revers, c'est une réserve de puissance limitée avant distorsion. JMGO a eu le bon goût de prévoir un réglage « réduction des basses » qui aplatit la courbe et récupère du volume propre. Pratique pour les dialogues des films modernes pour lesquels les mixages audio sont ratés. Mais si vous voulez plus de volupté pour vos oreilles, reliez en bluetooth un système audio, une barre de son ou une enceinte ou utilisez le port HDMI eARC.
Dernier point, et il n'est pas anecdotique pour un usage salon : hors mode Dynamic, l'appareil est inaudible. C’est un soulagement pour qui connait le boucan que peuvent faire ces engins.
Le N3 Ultimate ne gagne aucun concours de fiche technique. Son contraste natif est moyen, sa 4K est reconstituée, son processeur est mou et ses 5 800 lumens ISO n'existent que dans un mode que personne ne devrait utiliser. Sur le papier, il y a mieux ailleurs.Sauf que la fiche technique n'est pas le sujet.Ce que JMGO a compris avant les autres, c'est que le problème du vidéoprojecteur n'a jamais été la lumière. C'est l'endroit où vous pouvez le poser. Pendant cinq ans, l'industrie a répondu à cette question par du logiciel, en corrigeant l'image à coups de pixels jetés. JMGO répond par de la mécanique. Une caisse de fortune dans un jardin, une table basse décalée du canapé, et l'image reste droite. Ça n'a l'air de rien tant qu'on ne l'a pas vécu.Le reste suit cette logique. Le déplacement sans modification est bluffant. Le silence de fonctionnement est un vrai confort. AirPlay natif évite l'Apple TV, même si vous finirez sans doute par en brancher une pour contourner la lenteur de Google TV.Alors oui, tout dépend d'où vous venez. Si votre référence est un home cinéma calibré en pièce noire, passez votre chemin, le manque de profondeur vous sautera aux yeux. Si votre référence est une télé posée à l'arrache dans le salon, 180 pouces sur une toile un soir d'été, c'est une autre planète.À 2 499 €, un OLED de 65 pouces vous offrira une meilleure image. Il ne vous offrira jamais ça.